Publication La fécondation in vitro est vécue comme un parcours du combattant

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La fécondation in vitro est vécue comme un parcours du combattant
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Annie Bachelot, psychosociologue à l'Inserm, a analysé les effets de la prise en charge médicale de l'infertilité sur les couples concernés


L'Institut national d'études démographiques (INED) vient de publier De la pilule au bébé-éprouvette. Choix individuels ou stratégies médicales ?, sous la direction d'Elise de La Rochebrochard, chercheuse en épidémiologie de la reproduction humaine. Annie Bachelot, psychosociologue à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), est l'auteur du chapitre consacré à l'expérience des couples engagés dans un parcours de fécondation in vitro (FIV).



La pratique de la FIV - vingt-six ans après le premier bébé-éprouvette français - s'est banalisée. Est-ce pour autant devenu une expérience banale pour les couples qui y ont recours ?


Non, absolument pas. Les couples qui s'engagent dans ce processus ont toujours le sentiment de vivre quelque chose d'exceptionnel, mais aussi de difficile. Ils en parlent encore comme d'un véritable " parcours du combattant ". Simplement, nous sommes passés de l'ère des pionniers à un modèle plus consumériste.

Les couples développent dorénavant une véritable stratégie : il leur faut trouver le plus vite possible la meilleure équipe médicale. Ils s'informent par le biais d'Internet, repèrent très vite d'autres couples passés par cette expérience, et aménagent au mieux leur parcours en essayant de mettre toutes les chances de leur côté.


Comment se fait l'entrée dans le parcours FIV ?

Dès que le diagnostic d'infertilité est posé, l'orientation vers l'assistance médicale à la procréation (AMP) est proposée par les médecins, sans doute afin d'amortir la dureté de l'annonce. Cette possibilité est d'un grand secours pour les couples sur le plan psychologique. La décision est souvent prise très rapidement. L'infertilité est toujours vécue comme un handicap, on en parle peu, ou alors aux très proches, et on s'engage tout de suite dans ce parcours.


Quel rapport les couples entretiennent-ils avec l'équipe médicale qui les prend en charge ?


L'équipe médicale garde toujours une place privilégiée dans le parcours FIV, et notamment le clinicien avec qui se joue quelque chose d'important. Les couples cherchent un médecin qui leur semble compétent, disponible, leur donnant l'information quand il faut, et une fois qu'ils l'ont trouvé, investissent symboliquement sur lui. Ils ont le sentiment que leur désir d'enfant doit s'articuler avec le désir de réussite du médecin. Dans la FIV, on fait ainsi davantage un enfant à trois qu'à deux.


Comment les couples réagissent-ils quand ils découvrent la difficulté du parcours de FIV ?

Ils sont souvent surpris, car ils avaient en tête une technique présentée comme accessible par les médias, donc implicitement facile. C'est un choc quand ils découvrent qu'ils ont peu de temps devant eux (la moyenne des couples entre dans le processus à 34 ans et à partir de 37 ans, la fertilité baisse beaucoup d'année en année), que la FIV leur impose des contraintes organisationnelles très lourdes, implique des traitements douloureux avec un grand risque d'échec (seules 20 % environ des tentatives réussissent). C'est d'autant plus difficile pour ces couples que leur problème d'infertilité est souvent le premier écueil qu'ils rencontrent dans leur vie, après un parcours social, professionnel et affectif sans faute.

Ont-ils le sentiment d'être correctement pris en charge ?


Enormément de couples sont très reconnaissants envers les équipes médicales quand ils ont eu un enfant, et ils saluent la technicité de la prise en charge. Mais ils revendiquent également une prise en charge plus humaine.

Certains ont eu le sentiment d'une instrumentalisation de leur corps, les femmes d'être devenues des machines à produire des ovocytes, et les hommes d'être réduits à un statut de donneurs de sperme à répétition. Ils sont ainsi nombreux à s'élever de plus en plus contre une médecine qu'ils qualifient de " vétérinaire ", estimant qu'elle est trop standardisée et anonyme.


En cas d'échecs répétés, y a-t-il des couples qui font preuve d'acharnement ?

Après chaque tentative de FIV (la Sécurité sociale en rembourse quatre), plus d'un couple sur quatre abandonne, souvent avec le projet de se tourner vers l'adoption. Il y a donc très peu de couples qui vont au-delà de quatre tentatives. Pour ceux qui persistent, il peut y avoir une forme de fuite en avant, qui est parfois relayée par un médecin, mais le plus souvent tempérée.

C'est à ce moment-là que certains couples sont orientés vers une consultation psy : on estime alors que pour eux se joue quelque chose de plus que le seul désir d'avoir un enfant.



Finalement, qui décide d'arrêter ?


Si le couple n'est pas parvenu à avoir un enfant, la décision d'arrêter vient principalement de l'homme. Quand le conjoint considère que les choses vont trop loin, que la santé de sa femme est en jeu, il lui demande d'arrêter, et elle accepte. Cette démarche de l'homme rassure la femme sur sa féminité, quand il lui dit implicitement qu'elle peut être femme sans être mère.



Avec l'AMP, est-on passé de " Un enfant, quand je veux, si je veux ", qui était le slogan du Mouvement de la libération des femmes (MLF) dans les années 1970, à " Un enfant à tout prix " ?


Plus que d'" un enfant à tout prix ", je parlerais de la volonté de ces couples de tout tenter pour en avoir, afin de garder le sentiment, même en cas d'échec, d'avoir tout essayé. Il faut bien mesurer la pression sociale qui s'exerce sur les couples.

Avoir deux enfants est vraiment devenu la norme dans notre société occidentale, et spécifiquement en France, où seuls 4 % des couples en fin de vie reproductive n'ont pas d'enfants. L'AMP et la FIV permettent aux couples restés infertiles de sortir de la culpabilisation née de cette norme en leur offrant une justification. Ils peuvent ainsi dire, " certes, nous n'avons pas d'enfants, mais nous avons essayé ".







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