Publication Stress et neurosciences, ou le refoulement de notre intelligence adaptative.

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Stress et neurosciences, ou le refoulement de notre intelligence adaptative.
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Le stress, tout le monde en parle, notamment depuis le choc des suicides chez Renault.
Mais qu’est-ce, le stress ? Symptôme d’une activation des pulsions refoulées… ou des pensées irrationnelles, pour mentionner les deux perspectives les plus répandues ?
Des publications neuroscientifiques récentes suggèrent un modèle plus étonnant : le stress résulterait d’un refoulement d’une intelligence « supérieure » (nommée intelligence adaptative(1) ou fluide(2), d’origine préfrontale, dans des situations nouvelles et/ou complexes que nous traitons comme s’il s’agissait des évènements simples et connus.

Très pertinent pour la pratique : le stress aurait ainsi une fonction adaptative importante. Il nous inciterait à sortir de nos habitudes, sous-tendues par ce que Posner(3) , Raichle(4) et à leur suite nombre d’autres auteurs ont appelé « le Mode Automatique ». Le stress pourrait alors faciliter notre ouverture à cette intelligence « fluide », qui fonctionne ordinairement au-delà notre conscience. Rationnelle, car elle détecte « en temps réel » nos incohérences, cette intelligence ne l’est pas seulement. Elle est aussi globale, elle permet de prendre du recul, de changer de point de vue. Le néocortex préfrontal est également la source des sentiments et de cette empathie, bien au-delà du plaisir et du désir (ou émotions) que les autres nous procurent. Pour Antonio Damasio, le préfrontal est ainsi le « lieu de rencontre entre le cœur et la raison »(5) .
C’est du moins le modèle élaboré à l’Institut de Médecine Environnementale, bien avant les récentes confirmations de l’imagerie cérébrale(6) , et décrit dans le livre « L’Intelligence du Stress »(7) . Ce livre se situe dans le nouveau champ des neurosciences appliquées. Il propose des perspectives prometteuses aux praticiens de santé, leurs patients et chercheurs de tout genre (notamment par des notes et annexe scientifiques).
Ci-dessous une très brève introduction au modèle théorique, ainsi qu’à son application dans la gestion du stress et l’amélioration de la qualité de vie de chacun.

Le stress, porte-voix d’une intelligence méconnue.

Les neurosciences décrivent deux grands modes mentaux, respectivement associés aux régions médianes et postérieures de notre cerveau, d’une part, antérieures, d’autre part. Le premier mode, dit automatique, est à la fois le siège de nos compétences apprises, nos émotions et… le cœur de notre conscience. Il est adapté et performant face aux situations simples ou habituelles. Il est subjectivement associé à un besoin de contrôle.
Le second mode, dit adaptatif, provient de notre néocortex préfrontal, lieu de notre intelligence supérieure et paradoxalement handicapé par un accès difficile à notre conscience. Ce second mode nous permet de gérer des situations complexes ou inconnues et d’anticiper les conséquences de nos choix. Il sous-tend nos attirances et capacités pour la nouveauté et la créativité.
Des travaux récents montrent qu’une partie médiane des lobes préfrontaux semblent déclencher un signal d’alerte lorsque notre mode automatique -et avec lui notre conscience- persévèrent en situation de non contrôle ou d’échec. Si nous comprenons mieux désormais son « message », le stress pourrait ainsi nous amener à identifier et résoudre « en temps réel » les incohérences dans lesquelles nos certitudes et autres automatismes culturels nous conduisent.
Les recherches menées à l’Institut de Médecine Environnementale sur ce sujet et d’autres travaux récents révèlent que, face à une situation non maîtrisée, le seul fait de faciliter une bascule vers le mode adaptatif préfrontal réduit instantanément le stress. Ceci même si une résolution concrète du problème considéré n’est pas encore découvert...(8)

Faciliter l’accès à la conscience d’une intelligence supérieure.

A partir des tests neuropsychologiques d’évaluation de la fonction préfrontale chez des sujets cérébrolésés (lobotomisés), Jacques Fradin a décrit six dimensions du mode adaptatif préfrontal : la curiosité, l’acceptation, la nuance, la prise de recul, la réflexion logique (recherche des causes des effets observés) et l’opinion personnelle (permettant la prise de risque de la décision). En apprenant à solliciter davantage ces « états d’esprits » spécifiques, nous pouvons développer une « méta-culture » favorable à l’expression du mode adaptatif et créatif du préfrontal, afin de permettre à chacun de pouvoir mieux répondre à la complexité et au changement continu, à la gestion des risques et des échecs, à développer un vrai maturité.

Nous sommes donc aujourd’hui en capacité de créer les conditions d’une gestion plus générique du stress et de la stressabilité (ou tendance à se stresser sur un sujet donné). Des travaux récents montrent (ou confirment ce que nous avons appris par la pratique clinique) que nous avons tous la potentialité pour faire face à la condition humaine avec sérénité, intelligence, ouverture et créativité. Des études que nous avons mené en partenariat avec Paris 8 montrent par exemple que des élèves pilotes peuvent nettement améliorer leur performances et capacités à gérer des situations imprévues ou dangereuses après une formation en ce que nous appelons « la Gestion des Modes Mentaux » sur une durée cumulée de… seulement 11 heures.



(1) Cette adaptation n’est pas une forme de soumission, au contraire ! Une des qualités associées au fonctionnement du préfrontal est l’individuation et la capacité de se former une opinion personnelle, qui va bien au delà du « qu’en dit-on ».
(2) Gil, R.. (2006) Neuropsychologie, Masson
(3)Posner, M. & Rothbart, M. (2000). Developping mechanisms of self-regulation. Development and Psychopathology, 12, 195-204
(4)Raichle, M., Fiez, J., Videen, T., MacLeod, A., Pardo, J., Fox, P. & Petersen, S. (1994). Practice, related changes in human brain functional anatomy during nonmotor learning. Cerebral Cortex, 4, 8-26.
(5)Damasio, A. (1997), L’erreur de Descartes, Odile Jacob
(6)Fradin J. & Fradin F. (1992-2004), La thérapie neurocognitive et comportementale, Publibook, Paris.
(7) Pour en savoir plus : www.intelligencedustress.net
(8) Voilà une différence essentielle avec la TCC. Au lieu d’identifier et changer le contenu des pensées associées aux stress, l’approche neuro-cognitive décrit des clés universelles pour changer d’état d’esprit. En identifiant et en changeant de « contenant cérébral », la personne s’ouvre aux solutions adaptatives, élaborées d’abord en dehors de notre conscience. L’effet « Euréka » des chercheurs, la muse des artistes, l’inspiration de nous tous, s’expliquent par ce phénomène, d’ores et déjà explicité.







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