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Fourniret :''Psychologiquement, dans ma tête, je n'ai pas l'impression d'agresser une personne'' |
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AFP/BENOIT PEYRUCQ
Dessin représentant Michel Fourniret face à Dahina Le Guennan,
qu'il avait violée en 1982, le 13 mai 2008 au tribunal de Charleville-Mezières.
A la vingt-cinquième journée de son procès, mardi 13 mai, Michel Fourniret a parlé. Las. Son éloquence n'en dit guère plus que ses silences. L'accusé qui comparaît, avec son épouse, Monique Olivier, devant la cour d'assises des Ardennes, pour le viol et le meurtre de sept jeunes filles et l'enlèvement de trois autres, "ne cherche à convaincre personne".
Il reconnaît qu'il "reste un individu dangereux". Il date cette dangerosité de sa rencontre avec Annette, sa première épouse, dont il a découvert la non-virginité au soir de leurs noces en 1966. Fourniret en aurait conçu une déception dont il ne s'est jamais remis. "Dans les diverses étapes de mon parcours, tant que je n'ai pas eu la réponse à la question que je m'étais posé à mon premier mariage [la quête de la virginité], je suis devenu quelqu'un de dangereux", a-t-il indiqué. A l'en croire, si ce soir-là Michel Fourniret avait – ainsi qu'il en rêvait – défloré sa jeune épouse, son existence en eût été autre. "Je me connais suffisamment pour savoir que pour moi ça aurait été le jour et la nuit. Ça aurait tout changé", estime-t-il, sûr de lui.
Pendant son périple meurtrier, Michel Fourniret a cru "faire [l'expérience de la virginité] avec Céline Saison", tuée de ses mains en mai 2000, mais il a eu un "doute dès qu'[il] a redémarré". A ce jour et selon lui, Fourniret n'en a toujours pas terminé avec son obsession.
Comme il l'a promis, Michel Fourniret "s'efforce de répondre", mais c'est parfois décevant : "Ce que je pense ne vous regarde pas. Si je vous le dis vous n'aurez pas de preuves et vous ne pourrez pas vérifier." Souvent c'est abscons : "J'ai tendance à avoir une opinion, mais je sais que cette opinion fluctue." Et c'est toujours dans un style ampoulé : "Je n'ai pas les données pour répondre avec l'honnêteté que vous attendez." Toutefois, si l'accusé ne goûte pas toujours les questions que lui réservent les avocats des parties civiles, il semble satisfait d'être le centre de toutes les attentions. Et ce n'est pas le rappel des délits et crimes commis avant 1984 qui ont affecté ce sentiment.
"AUSSI FEINT-IL DE REGRETTER"
Avant de devenir ce tueur en série dont la cour d'assises cherche à comprendre le fonctionnement depuis maintenant huit semaines, Michel Fourniret a été un pervers sexuel auteur de dix-sept agressions entre 1977 et 1984, année de l'interpellation qui lui vaudra d'être renvoyé en juin 1987 devant les assises de l'Essonne à Evry. Lui ne dit pas agressions mais "accostages". Car Michel Fourniret n'a jamais imaginé importuner les jeunes femmes qu'il menaçait avec un pistolet et une fiole de vitriol ou d'acide sulfurique pour les contraindre à le suivre. Trois d'entre elles, enlevées en 1982 et en 1983 ont témoigné mardi à la barre.
Dahina Le Guennan, désormais mère de trois enfants, avait 14 ans, le 4 septembre 1982, lorsque Fourniret "l'a prise en otage", à la sortie de la gare d'Epernon (Eure-et-Loir). "Il est sorti de son véhicule avec une fiole contenant du vitriol. Il était courtois et m'a dit qu'il était en fuite", se souvient-elle. Il l'a contrainte dans un champ, avant de la ramener chez elle. Vingt-six ans après, Fourniret assure qu'il a "toujours eu la conviction" que sa victime était dans "un état hypnotique" et qu'elle paraissait "sereine" en rentrant chez elle. "Et la peur qu'est-ce que vous en faites?", lui a lancé celle-ci.
Mais comme il en convient, "dans la tête d'un vaniteux" de son espèce, "psychologiquement, il n'a pas l'impression d'agresser une personne." Michel Fourniret admet que ce qu'il dit "est terrible". Aussi feint-il de regretter : "Si vous voulez que je dise tout…" Pour ces faits et six autres qui relevaient de tentatives de viol, Michel Fourniret avait été condamné à cinq ans d'emprisonnement par les assises d'Evry en 1987. Il était sorti en octobre de la même année, une fois sa peine purgée par le jeu de la détention provisoire et du système de réduction en vigueur.
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