Publication Comment soigner les hyperactifs ? Ce trouble neurobiologique gâche la vie de milliers de familles, qui culpabilisent et ne savent à quels médecins se fier. Pourtant des thérapies spécialisées existent et fonctionnent

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Comment soigner les hyperactifs ? Ce trouble neurobiologique gâche la vie de milliers de familles, qui culpabilisent et ne savent à quels médecins se fier. Pourtant des thérapies spécialisées existent et fonctionnent
Description : «Au début, je n'y croyais pas. J'avais l'impression qu'on nous demandait de mettre en place une sorte de dressage un peu stupide, admet Philippe, père d'une petite Félicie (9 ans). Mais j'ai vite compris à quel point c'était efficace et libérateur.» Philippe et sa femme, Valérie, ont participé à l'hôpital Robert-Debré à Paris à un groupe de « guidance parentale », piloté par la pédopsychiatre Marie-Claude Saiag. D'inspiration comportementale, ces groupes s'adressent aux parents d'enfants « hyperactifs », autrement dit souffrant d'un trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
D'origine neurobiologique, ce trouble du comportement affecte le contrôle de soi et la concentration, les relations avec les frères et soeurs et l'apprentissage scolaire. Selon une étude américaine, de 3% à 5% des enfants en souffriraient à des degrés variables. Des enfants « ingérables », qui agissent avant de réfléchir (le trouble influe sur la partie du cortex qui permet de réfréner ses impulsions), ne vivent que dans la satisfaction immédiate de leurs envies. Ils épuisent et exaspèrent leur entourage. Explications, réprimandes, sanctions : rien ne marche ! «Les parents, impuissants, ne peuvent pas comprendre ni accepter que ces enfants normalement intelligents soient incapables de se maîtriser», constate Manuel Bouvard, chef du service de psychopathologie de l'enfant à l'hôpital Charles-Perrens de Bordeaux.


Mais voilà, tous les psys français ne reconnaissent pas l'existence du TDAH. La majorité d'entre eux considèrent même que l'hyperactivité n'est qu'un symptôme parmi d'autres, manifestant des difficultés plus générales d'ordre psychologique. Aucune raison, donc, d'entreprendre un traitement spécifique : les thérapies conventionnelles, notamment la psychanalyse, sont censées agir sur l'hyperactivité. «Ma fille était suivie par une excellente pédopsychiatre, mais elle restait en grande difficulté, avec des réactions souvent incompréhensibles», raconte Valérie.
Chez nous, seule une minorité de praticiens et quelques services hospitaliers s'inspirant de la psychiatrie américaine, ont mis sur pied des thérapies spécifiques qui, dans les cas les plus graves, comportent la prescription d'un médicament : le méthylphénidate, un psychostimulant de la famille des stupéfiants dont l'administration est autorisée en France depuis 1996.
Très décrié par la psychiatrie française traditionnelle, l'usage de ce médicament demeure néanmoins exceptionnel. «Seuls 10% environ des enfants hyperactifs nécessitent un tel traitement», précise Christine Gétin, présidente de l'association HyperSupers, qui regroupe quelques centaines de parents d'enfants hyperactifs. Et le traitement n'est jamais proposé seul. Son utilisation va de pair avec une psychothérapie, une rééducation en orthophonie (la dyslexie est fréquemment associée à l'hyperactivité) et la participation à des groupes de parole, qui permettent aux enfants d'améliorer leur estime de soi.
Trop souvent caricaturé, le traitement de l'hyperactivité repose sur une approche pluridisciplinaire. «Notre programme, conçu par Russell Barkley, un psychologue américain, permet avant tout de faire changer le regard des parents sur leur enfant», explique Marie-Claude Saiag. Les parents à bout de nerfs sont d'abord invités à noter sur un carnet les moments agréables passés avec leur enfant, à lui consacrer chaque jour un moment de jeux en tête à tête, sans réprimandes. Ensuite on leur apprend le « renforcement positif » : encourager systématiquement l'enfant dans tout ce qu'il fait de bien. Ils doivent aussi noter leurs réactions quand l'enfant n'obéit pas. « Répéter les ordres, se fâcher ne sert à rien. Car l'enfant hyperactif vit dans l'immédiat. Il ne cherche qu'à gagner du temps», raconte Valérie.
Les parents s'habituent enfin à ne donner qu'un ordre à la fois - utile, précis et bien formulé - en s'efforçant d'anticiper les réactions de l'enfant. Au programme : des séances hebdomadaires étalées sur trois ou quatre mois, où la présence du père et de la mère est nécessaire, ainsi que des exercices à la maison. Mais les résultats sont là. «Cela a transformé notre vie, nous ne sommes plus dans l'affrontement, la lutte pied à pied pour les gestes de tous les jours», assure Valérie.
Un diagnostic et une aide appropriée permettent de soulager des enfants en grande souffrance. Ainsi, à 9 ans, Stéphane menaçait tous les soirs de se jeter par la fenêtre. A 12 ans, aucun collège ne voulait plus de Julien, totalement désespéré. Quant à Félicie, du haut de ses 5 ans, elle expliquait à sa mère qu'elle aurait préféré ne pas naître. Quelques années plus tard, ces trois-là vont bien et mènent une scolarité, sinon aisée, du moins proche de la normale.
Site Web : L'association HyperSupers, qui regroupe des parents d'enfants hyperactifs, propose une foule d'informations sur son site


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