Publication Internat : la pension magique

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Internat : la pension magique
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Pétri de culpabilité, ce père divorcé téléphone à la direction d’un internat public comme on appelle à l’aide : sa fille de 14 ans termine le trimestre avec 3 sur 20 de moyenne générale, malgré des cours particuliers et des sermons à la pelle pour tenter de la «mettre au travail». A bout de force, une mère adresse cette lettre à un internat privé : «Mon fils de 12 ans ne connaît pas son père. Je l’élève seule et je ne parviens plus à gérer sa scolarité.»
Dépassés, angoissés par l’échec scolaire de leurs enfants, des parents rêvent d’une solution miracle qui s’appellerait internat. Et c’est souvent à l’issue d’un second trimestre calamiteux, ces jours-ci donc, qu’ils se lancent à la recherche d’un établissement.

Puberté. Le renouveau des internats a déjà quelques années. La formule séduirait autant laïcs que catholiques, de droite comme de gauche - Sarkozy comme Royal en ont fait l’éloge au cours de la campagne présidentielle. En France, 241 500 élèves sont internes dans l’un des 3 200 établissements publics ou privés (1). «Chez nous, la demande reste stable en nombre, explique-t-on à la direction de l’enseignement catholique, mais elle s’est énormément complexifiée.»

Certes, on devient toujours interne en milieu rural quand le lycée est trop loin de chez soi. Et l’on quitte encore ses parents pour entrer dans une filière de formation qui n’existe pas partout. Mais un public nouveau préoccupe désormais parents et enseignants : les collégiens urbains. Années particulièrement critiques : la quatrième et la troisième.

En toile de fond, des problèmes familiaux courants : des couples mères-fils explosent à la puberté ; des adolescents ne trouvent pas leur place au sein d’une famille recomposée ; des divorcés se déchirent sur le dos de leur enfant… «On nous demande de faire travailler des élèves qui ont bien d’autres difficultés que scolaires»,confie la conseillère principale d’éducation (CPE) d’un internat public.

Notes en berne, refus de travailler, problèmes de comportements, les candidats à l’internat ont de sérieux points communs. Si bien que Jean-François Gaud, à la tête du collège Jeanne d’Arc-Saint Aspais, à Fontainebleau (Seine-et-Marne), s’est lancé dans une étude statistique : 50 % des élèves qu’on lui adresse ont reçu au moins un avertissement au cours de l’année dans leur collège d’origine ; 30 % font déjà l’objet d’un suivi psychologique au moment de la demande d’inscription à l’internat (c’est souvent un pédopsychiatre ou un psychologue qui suggère cette voie) ; 80 % des parents demandent que l’internat «donne un cadre» à l’enfant, et 60 % évoquent une «aide scolaire». Souvent, les parents ont déjà essayé de mettre en place des solutions - 40 % des enfants ont déjà pris des cours particuliers - et considèrent un redoublement dans un internat comme «la solution de la dernière chance».

«Les parents comptent sur nous pour rétablir une relation de confiance entre leur enfant et les adultes. Comme une réparation»,poursuit Jean-François Gaud. Bien sûr, ça ne marche pas à tous les coups. Mais, coupé de ses parents, entouré d’adolescents de son âge, obligé de prendre le rythme du collectif, l’interne dispose dans ce lieu tiers d’une possibilité de se réconcilier avec la scolarité. «Ici, il n’y a ni ordi ni télé à volonté, j’ai eu du mal à m’adapter,commente Grace, 15 ans, interne en troisième au collège Thomas-Mann, à Paris. C’est pas comme une colo, mais l’ambiance est familiale : les grands aident les petits. Parfois on se fait engueuler, mais ça ne dégénère pas comme à la maison. C’est différent.»

Souffrance. Entre la fin du repas et l’extinction des feux (en moyenne 21 h 30), le moment est connu comme «sensible». En pyjama et chaussons, les internes sont portés sur la confidence. Il y a des moments de blues, des chagrins. Ce qui pose la question de la qualification des personnels : sont-ils de simples surveillants, ou davantage assistants sociaux, psys ou infirmiers ? «Quand ils vont mal, les garçons sont dans l’affrontement, l’agressivité, la brutalité, confie la CPE de l’internat Thomas-Mann. Les filles sont davantage dans une souffrance dissimulée.»

On ne finit pas nécessairement sa scolarité à l’internat. On y passe quelques années, le temps de reprendre pied, ou de se défaire de mauvaises habitudes. Pour Isabelle Brochard, principale de Thomas-Mann, «on ne devient pas interne pas hasard, mais parce que l’on sent l’urgence d’un changement». La vie en groupe peut réguler certains comportements. Et même si les résultats scolaires ne s’envolent pas d’un coup, «le bout de chemin qu’on fait ensemble permet souvent d’aider l’enfant et d’éclairer sa famille. Cela offre la possibilité à chacun de souffler». Quand ça marche.

(1) Une partie figure sur l’annuaire électronique du ministère de l’Education sur www.education.gouv.fr







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