Chers amis,
Je n’ai pas éprouvé le besoin, quant à moi, de participer à la « pétition nationale », considérant qu’une telle participation revenait de fait à avaliser le principe d’une autorisation demandée à l’Etat d’exister en tant que psychothérapeute.
Une telle demande me paraît inacceptable, dans la mesure où elle introduit, dans la société civile, un type de pratique, qui renvoie aux pires dérives étatistes, soit sous l’ancien régime en France, soit dans les Etats totalitaires qui ont fleuri au 20 ème siècle.
Je suis désolé de vous obliger à remonter dans le temps. C’est un processus peu agréable et difficile, qui se justifie seulement si l’enjeu est important, ce qui est le cas ici.
Nous avons malheureusement pris l’habitude de considérer qu’une profession, quelle qu’elle soit, et en particulier celle de psychothérapeute ne pouvait être exercée qu’à condition que celui qui l’exerce possède un « titre » qui l’habilite à cela. Ce titre lui est délivré par l’Etat, à condition qu’il remplisse un certain nombre de conditions, parmi lesquelles figure la possession de certains diplômes et certificats.
Quoi de plus normal, me direz-vous, considérant qu’il faut protéger les clients face à ce qu’on appelle les « charlatans » ou face à tous ceux qui ne se conforment pas à une certaine déontologie.
Cette apparente évidence est en fait trompeuse. La protection en question, qui est certes souhaitable, exigerait, pour être effective, des dispositions qui ne sont pas réalisées. Elles sont surtout au nombre de deux.
La première est que l’on connaisse le rapport qui existe entre des connaissances acquises à l’Université ou ailleurs et la capacité à exercer un certain métier. Ce rapport est problématique, malgré toutes les apparences, comme le prouvent des études très pointues effectuées dans le monde occidental. Je vous rappelle que bien des découvertes importantes dans des domaines en formation, ce qui est le cas de la psychothérapie, ont été faites, par des gens sans diplôme ou avec peu de diplômes.
Mais la disposition la plus importante est de s’assurer que les personnes qui délivrent les « titres » sont à la fois assez compétentes pour juger des effets comparés des méthodes qu’elles jugent et assez désintéressées pour ne pas privilégier celles qui correspondent à leurs inclinations et à leur tempérament.
Un tel « requisit » est impossible à réaliser. Les seules personnes habilitées à juger de l’efficacité ou de la pertinence d’un procédé quelconque sont les utilisateurs. Seuls ils peuvent dire quels sont les procédés qui les ont aidé et qui leur ont rendu service.
Les exigences des pouvoirs publiques pourraient très bien être considérés comme des mesures de prudence un peu trop poussées, si elles ne mettaient pas en péril la vie même de la profession, son avenir et sa réussite. Ces exigences en effet risquent d’introduire la rigidité et le blocage, en amont et en aval. En amont, la profession risque de ne plus pouvoir attirer que ceux qui sont capables d’un certain type d’étude et de préoccupations, alors qu’elle a intérêt à continuer à s’enrichir de gens venus d’horizons très différents et apparemment atypiques. En aval, au moment de la mise en pratique elle va pâtir de l’esprit de conformité de ceux qui ne voudront ne pas prendre de risque, en faisant autrement que les ténors des grandes écoles en honneur. C’est le conformisme et la routine qui font leur entrée dans ce métier, conformisme et routine qui ont fait tant de mal à la médecine.
Tout cela est connu. Il suffit de faire un tout petit effort… de mémorisation. Les corporations ont été supprimées par la Révolution française parce qu’elles avaient réussi à paralyser l’appareil productif. Dans le même sens, la révolution industrielle s’est effectuée, au 18 ème siècle, en Angleterre, en Allemagne, dans les régions, comme le Lancashire, où le système corporatif était peu développé. Les supervisions administratives ont toujours été un frein au développement. Le régime de Vichy s’est empressé de rétablir les organismes corporatifs, censés assurer plus de sécurité. C’est une illusion.
Va-t- on accepter de se laisser enfermé dans un carcan administratif nuisible et appauvrissant, favorable seulement à ceux qui sont rassurés par les « peaux d’âne » ? Il est peut-être temps de réagir. Il est peut-être temps de dire non à un système qui paraît bien engagé mais qu’on peut toujours remettre en question. Il n’est pas trop tard……