Publication La prééminence du lien social. AMNÉSIE du passé, myopie sur les risques, la récente crise financière a rappelé les limites de la connaissance humaine. Celles-ci sont aujourd'hui explorées par la neuroéconomie, nouvelle frontière à l'interface avec les neurosciences

dans les publications Psy en mouvement :


Retour vers les publications


Publication précédente Voir cette publication ? Publication suivante

La prééminence du lien social. AMNÉSIE du passé, myopie sur les risques, la récente crise financière a rappelé les limites de la connaissance humaine. Celles-ci sont aujourd'hui explorées par la neuroéconomie, nouvelle frontière à l'interface avec les neurosciences
Description :

AMNÉSIE du passé, myopie sur les risques, la récente crise financière a rappelé les limites de la connaissance humaine. Celles-ci sont aujourd'hui explorées par la neuroéconomie, nouvelle frontière à l'interface avec les neurosciences - en fait dernier avatar du matérialisme et de l'explication du fonctionnement de l'esprit par les états physiques du corps.

La neuroéconomie peut-elle enrichir la compréhension des mécanismes du développement ? Grâce aux progrès de l'imagerie cérébrale, elle cartographie les aires du cerveau activées lors d'une prise de décision et montre qu'elles diffèrent selon les tâches à effectuer et peuvent être sous l'influence d'émotions. Elle confirme ce que la psychologie expérimentale sait depuis longtemps : le modèle de rationalité individualiste de l'économie ne correspond pas à la réalité, et la cognition humaine comporte de multiples biais, notamment dans l'évaluation des gains et des pertes - par exemple, on ne réagit pas de la même façon lorsqu'on perd un billet de théâtre ou un billet de banque de même montant.

Cependant, les fondements biologiques des comportements demeurent ici analysés en termes individuels.

Une deuxième approche liant les comportements à leur substrat biologique contribue davantage à la compréhension du développement. L'individu y est vu avant tout comme membre d'un groupe social. Comme l'ont souligné les psychologues Leda Cosmides et John Tooby (université de Californie à Santa Barbara), ces raisonnements résultent de l'adaptation de ses ancêtres primates puis chasseurs-cueilleurs à des environnements incertains, et diffèrent selon les problèmes et les contextes, grâce à des modules cognitifs spécialisés qui évaluent les situations (par exemple, les ressources disponibles, les individus avec qui l'on échange, etc.).

Une découverte particulièrement encourageante des approches évolutionnistes est que l'individu est intrinsèquement altruiste, contrairement à l'hypothèse de l'économie néoclassique postulant un individu maximisant son seul intérêt indépendamment de l'existence d'autrui. Ce trait est même avantageux du point de vue de l'évolution.

Les travaux pionniers du biologiste William Hamilton avaient montré dès les années 1960 que, puisque la sélection naturelle favorise les individus aptes à transmettre leurs gènes, elle favorise l'altruisme vis-à-vis des individus apparentés car ces derniers sont davantage susceptibles d'avoir les mêmes gènes. Ces approches ont été questionnées et élargies, au-delà du sacrifice pour la parentèle, par des travaux pluridisciplinaires, mêlant économie, psychologie expérimentale, théorie des jeux, anthropologie et biologie. Ils dessinent une nouvelle conception du développement, pour qui toutes les sociétés sont fondées sur des comportements coopératifs. Ceux-ci vont de la simple réciprocité (donner pour recevoir) à un authentique altruisme (donner sans attendre de gain en retour).

Les économistes Samuel Bowles et Herbert Gintis (université du Massachusetts à Amherst), et les anthropologues Joseph Henrich (université de Colombie-Britannique) et Robert Boyd (université de Californie à Los Angeles) ont montré que l'évolution des normes sociales obéit aussi à des processus de sélection, et que les groupes qui transmettent une culture de réciprocité s'adaptent mieux que les autres, car ils savent mieux coopérer. Allant au-delà des expérimentations de laboratoire, leur équipe a mené des expériences « naturelles » dans quinze sociétés de pays en développement, en Afrique, Asie et Amérique du Sud. Ces expériences ont démontré la prévalence des comportements altruistes ou de « forte réciprocité », notamment de « punitions altruistes » : on punit celui qui triche ou enfreint les normes de coopération, même si l'on n'y trouve pas de gain immédiat - par exemple, celui qui a un comportement égoïste et avare, ou surconsomme les ressources communes. De façon intéressante, cette réciprocité est d'autant plus présente que ces sociétés sont intégrées au marché (commerce, salariat).

Pour certains critiques, cet altruisme peut malgré tout découler d'intérêts à plus long terme : grâce à lui, on se construit une réputation et des relations sociales. Le consensus demeure néanmoins que ce sont les interactions avec autrui qui ont façonné la connaissance humaine au long de l'évolution.

Un rôle essentiel est ici donné à l'histoire, trop souvent ignorée par les explorations des fondements biologiques des comportements économiques. A l'échelle de l'évolution, les normes individualistes des sociétés industrielles sont récentes et, précisément, semblent de plus en plus inadaptées au maintien de la vie en société et de l'environnement...














Reagir a cette publication ?

Vous souhaitez avoir toutes les informations sur cette publication ? Inscrivez-vous sur notre extranet et vous pourrez consulter le detail de cette publication et y reagir.


Publication précédente Voir cette publication ? Publication suivante




Retour vers les publications



Copyright Psy en mouvement Le site d'informations et d'actualités des psys français
Publications générées par le VigiPortal
Gestion communautés virtuelles
Partage de connaissances
Plateforme de veille collaborative