Publication Psychopathologie, psychothérapie, et avenir de PsY en mouvement : Mes réflexions actuelles par Bruno DECORET


dans les publications Psy en mouvement :


Retour vers les publications


Publication précédente Voir cette publication ? Publication suivante

Psychopathologie, psychothérapie, et avenir de PsY en mouvement : Mes réflexions actuelles par Bruno DECORET
Description :

L’état des lieux.

PsY en mouvement est né de la controverse de Paris, en septembre 2005

La provocation lancée par Bruno Dal-Palu posait la question suivante :
Peut-on concevoir une psychopathologie générale, comme l’avait envisagé Karl Jaspers ?
À cette question la réponse est pour le moment négative, mais Bruno Dal-Palu pense que ce sera possible d’ici quelques années. C’est ce qu’il développe dans sa contribution.

Cette idée, ainsi que celle de controverse, sont fondatrices de PsY en mouvement qui se donne ainsi un programme par étapes :

 Rassembler tous ceux qui, dans les professions de psy, ne sont pas affiliés à une théorie de la psychopathologie se définissant par exclusion des autres.
 Organiser des débats, confrontations, controverses, entre chercheurs, théoriciens, praticiens, afin d’avancer dans la compréhension de la psychopathologie.
 Donner, peut-être, une réponse à la question : peut-on définir une psychopathologie générale, sur le mode de l’anatomo-pathologie ?

Mais, dans le cadre fixé par le législateur, il n’était pas pertinent d’attendre la fin de ce processus pour organiser la profession de psychothérapeute, et ses relations avec les autres professionnels du champ psy. C’est pourquoi PsY en mouvement s’est structuré en fédération offrant à ses adhérents les « sept services »

PsY en mouvement est donc, par essence, un lieu d’échange, de discussion, d’élaboration inscrivant la diversité et la différence comme principe de base. Adhérer à PsY en mouvement n’implique pas de s’inscrire dans une théorie de psychopathologie, mais de ne pas exclure les approches différentes.

Comme illustration de ce principe fondateur, je peux donc énoncer ma conviction en ce qui concerne la psychopathologie et ses rapports avec la psychothérapie, qui n’est pas celle de mon ami Bruno. Est-ce à dire qu’il y aurait des conflits à la direction de PsY en mouvement, puisqu’un vice-président exprime sa différence théorique avec le président ? Non, bien sûr, si l’on se réfère à ce que j’ai écrit plus haut. Nous sommes au contraire complètement d’accord sur les principes. Il n’y a pas de désaccord, mais l’acceptation de la diversité et de la confrontation dans le but d’avancer dans la vérité, d’aiguiser son cerveau sur celui de l’autre, selon l’expression de Jacques Monod.
Ma conviction
Je ne pense pas que l’on arrive un jour à une psychopathologie universelle, car cela reviendrait à une théorie générale du psychisme. Or ceci pose un problème épistémologique fondamental, du fait que le sujet de cette théorie est l’être humain qui en sera aussi le concepteur. Contrairement à la physique classique, où l’on sépare clairement le système étudié de celui qui l’étudie, une science de l’homme ne peut pas séparer les deux. Le propre d’une science humaine est que l’homme y est à la fois sujet et objet, ce qui la conduit à être incomplète, à se contenter d’être une bonne approximation, qui est valable en un temps, en un lieu, et sous certaines conditions. Les travaux des logiciens du 20ème siècle ont déjà démontré les limites des théories mathématiques ; le point culminant, le plus connu, est le fameux théorème de Kurt Gödel sur la non complétude de l’arithmétique. Il dit à peu près ceci : « on ne peut pas tout démontrer en arithmétique », ou encore : « il existe en arithmétique des propositions qui sont vraies et qui ne sont pas démontrables ». Le raisonnement peut être repris pour la psychologie de la manière suivante :

Si je construis une théorie du psychisme, cette théorie sera bien entendu compréhensible par moi ; mais alors mon propre psychisme devra être contenu dans cette théorie ; elle sera donc « plus compliquée » que moi, ce qui contredit le fait que je peux la comprendre.

Un autre contre argument tient à la relativité de la psychologie par rapport à d’autres facteurs, relationnels et environnementaux. Dans la perspective éco-systémique, on ne peut pas isoler un trouble psychologique chez un individu, considéré comme une monade indépendante de l’extérieur. Une foulure de la cheville est la même si elle est provoquée par un geste inadapté du sujet, ou par un coup de pied de quelqu’un d’autre, et la thérapeutique est la même. Il n’est pas sûr que ce soit pareil en psychologie, car on ne peut pas définir le psychisme d’un sujet, indépendamment de ses relations avec les autres sujets humains, et avec l’environnement. La question de l’homosexualité est un bon exemple : considérée comme trouble psychologique par le DSM III, elle a disparu du DSM IV sous la pression des associations homosexuelles américaines. Comme le dit astucieusement Paul Watzlawick , de nombreux malades se sont donc trouvés instantanément guéris, par un simple jeu d’écriture. On pourrait s’intéresser de la même manière à la pédophilie, ou d’autres « déviations sexuelles ». Il existe d’ailleurs déjà un médecin célèbre – Aldo Naouri – qui considère l’infidélité conjugale comme une pathologie. Il n’est pas le seul, et de nombreux sexologues parlent de conjugo-pathie pour des problèmes de couple. En ex-URSS, l’opposition au socialisme était également une maladie mentale. Les ethnopsychiatres ont aussi affirmé que certaines maladies mentales étaient le fait de la situation des personnes dans d’autres cultures. On voit donc bien que la psychopathologie est indexée à un contexte, et peut varier dans le temps et dans l’espace.

Je ne développerai pas trop pour l’instant cet argumentaire sur lequel je réfléchis depuis longtemps. Cela nécessiterait l’organisation d’une grande controverse, qui réunirait, outre des « psy », des épistémologues et des logiciens. Ce sera peut-être pour l’avenir.

Comment développer PsY en mouvement ?
Toujours est-il que je ne pense pas qu’il soit pertinent de chercher une théorie générale, mais plutôt des théories locales, comme je l’ai énoncé quelque part . Mais alors, y a-t-il une unité de la psychothérapie, une possibilité de se parler, d’échanger, de se reconnaître comme faisant le même métier ? Je réponds « oui », en faisant une distinction sur trois niveaux : théorique, pratique, et de l’exercice.

La théorie. C’est ce que nous venons de développer. Elle est absolument nécessaire et le praticien ne peut pas se passer d’un savoir théorique. À mon sens, elle ne peut pas être unique et ne peut se limiter à la psychopathologie. Lorsque j’ai des couples en thérapie, je fais référence à des notions de sociologie, de droit, d’économie, à ce que j’ai pu apprendre ainsi qu’aux théorisations que j’ai développées, pas uniquement dans le domaine de la psychopathologie.

La pratique. Elle s’appuie sur des savoirs, donc des théories, mais elle ne se limite pas à cela. Le praticien n’est pas que l’applicateur d’une méthode. La pratique de la psychothérapie, c’est l’utilisation de méthodes, et de la personne elle-même du thérapeute (celui qui joue ce rôle) pour tendre vers un effet : le bien être, ou le mieux être, du « client » ou « patient ».

L’exercice. C’est le fait de faire un métier de la psychothérapie, et de la pratiquer dans un objectif professionnel. Cela veut dire que le thérapeute trouve, en échange de ce qu’il apporte au client, un bénéfice, dont une partie est constituée d’une rémunération. Cela veut dire aussi que le processus thérapeutique obéit aux règles et lois sociales environnantes.

Mon avis est que l’unité de la profession peut se faire au niveau de l’exercice – elle est déjà bien avancée. De là découle une relative communauté des pratiques, dans la diversité et une diversité encore plus grande des théories, non contradictoires, mais complémentaires.

C’est pourquoi il est important que PsY en mouvement continue à fédérer les psychothérapeutes, sur le principe de la multiplicité des pratiques et de la confrontation des théories dans le principe de la controverse (ou un autre nom si l’on a mieux) afin de renouveler sans cesse les outils qui permettent d’améliorer la qualité de la psychothérapie, et de l’adapter aux conditions du moment.

Peut-être trouvera-t-on la théorie unificatrice. Je ne le crois pas, mais j’accepte de me tromper.

Bruno Décoret
Janvier 2008

Pierre Cassou-Noguès, Gödel Paris 2004
Paul Watzlawick, Giorgio Nardone, Terapia breva strategica. Trad française : La thérapie stratégique brève, Paris Seuil 1997
Bruno Décoret, Pour une axiomatique de la recherche en sciences humaines. La revue internationale de l'éducation familiale, 2004.











Reagir a cette publication ?

Vous souhaitez avoir toutes les informations sur cette publication ? Inscrivez-vous sur notre extranet et vous pourrez consulter le detail de cette publication et y reagir.


Publication précédente Voir cette publication ? Publication suivante




Retour vers les publications



Copyright Psy en mouvement Le site d'informations et d'actualités des psys français
Publications générées par le VigiPortal
Gestion communautés virtuelles
Partage de connaissances
Plateforme de veille collaborative