Publication Si le rêve de K.Jaspers devenait réalité…

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Si le rêve de K.Jaspers devenait réalité…
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Karl Jaspers , avait pensé une psychopathologie générale qui aurait pu servir de référentiel à tous les psychothérapeutes de la planète. Cette hypothèse n’a pas fait thèse durablement car elle est survenue trop tôt dans la construction de cette science trop jeune encore qu’est la psychopathologie clinique.

Pour autant je pense que ce qui fut une utopie, voire un rêve, pourrait bien devenir à terme une réalité …

Certes ce n’est pas pour demain, car pour l’heure le débat sur la psychopathologie clinique s’embourbe dans des clivages épistémologiques stériles et des querelles d’écoles alors que le législateur en a fait une condition sine qua none de « l’usage du titre de psychothérapeute » .

Aujourd’hui, surtout en France, rares sont ceux qui peuvent penser la psychopathologie clinique et la psychothérapie qui lui est corrélée dans le rapprochement entre les paradigmes scientifiques en ce domaine. La pensée quasi-unique dans ce champ des sciences humaines est à la logique dogmatique, aux raisonnements scientifiques qui s’élaborent de manière cohérente, aux dogmes établis par un courant théorique souvent par opposition à un courant adverse.

Les universitaires, garants de la pensée scientifique, sont presque tous unanimes sur ce point : un raisonnement scientifique n’a de sens qu’en fonction des postulats que l’université valide. Et en ce domaine sous prétexte que l’être humain est complexe, les théories le sont forcément et comme en ce champ scientifique plus que dans tout autre, la vérité n’existe pas, on ne peut déterminer quelle est la théorie qui a la meilleure validité scientifique. Si bien que si l’on se réfère à l’étude de l’Inserm sur l’évaluation des psychothérapies , il y a au moins trois courants dont les paradigmes scientifiques sont très divergents, voire incompatibles entre eux. Rappelons ici que « le groupe d’experts a retenu trois approches psychothérapeutiques : l'approche psychodynamique (psychanalytique), l'approche cognitivo-comportementale et l’approche familiale. Cela ne veut pas dire que d’autres types de psychothérapies ne puissent, aujourd’hui ou dans un proche futur, contribuer de manière significative au traitement des troubles mentaux ( …) »

Outre qu’en comparant ce qui n’était pas comparable, cette étude a introduit plus de confusions que d’éclaircissements et a connu les déboires que l’on sait. Elle a néanmoins le mérite de poser le débat sur la nécessité d’avoir un référentiel commun : « Les instruments de mesure les plus sophistiqués ne trouvent de sens véritable que quand ils sont insérés dans un champ théorique. (…) Il faudrait alors disposer d’une théorie du fonctionnement mental permettant de situer les différentes stratégies psychothérapeutiques les unes par rapport aux autres, mais malheureusement, s’il existe un grand nombre de théories parcellaires du fonctionnement mental, une théorie globale est bien loin d’exister aujourd’hui.»

Plusieurs raisons nous empêchent d’accéder à cette théorie globale qui nous permettrait de penser que tous (chercheurs et cliniciens) quelles que soient leurs approches théoriques pourraient faire partiellement avancer la compréhension de la psychopathologie clinique et qu’en conséquence bien des rapprochements sont possibles. J’en ai identifié provisoirement trois qui sclérosent la recherche en ce domaine : la première s’est constituée autour des confusions entre psychopathologie clinique et psychothérapie, la deuxième aux croyances limitantes en matière de raisonnements scientifiques, et enfin la troisième est liée au manque d’appareillage scientifique pour intégrer des raisonnements en apparence opposés.

Pour autant, je suis persuadé que d’ici une dizaine d’années, nous serons en capacité de penser collectivement une psychopathologie clinique à peu près commune à tous, ce qui n’enlèvera rien de la multiplicité des thérapeutiques. Tout comme c’est le cas dans le domaine somatique. Ainsi, tous les médecins sont à peu près d’accord pour identifier une angine, ou une tumeur, mais tous ne s’accordent pas sur les modalités de traitements, il en sera un jour de même dans le domaine psychique ; quasiment tous pourront faire le même diagnostic mais chacun utilisera la thérapeutique qu’il estimera la plus appropriée en fonction de sa formation, de son éthique, etc…. Cela serait déjà un formidable progrès, pour les patients comme pour les thérapeutes…

Bruno Dal-Palu.
Psychologue – Psychothérapeute.
Président de PsY en mouvement.











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