Publication Deux enfants, trois ans d'écart : la famille standardisée

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Deux enfants, trois ans d'écart : la famille standardisée
Description :


AFP/MYCHELE DANIAU
Actuellement, plus de trois millions de Français
sont porteurs de la carte famille nombreuse.



Elle a, sans le savoir, construit la famille idéale de ce début de millénaire : un père, une mère et deux enfants séparés par un intervalle de trois ans. Gwenaëlle Matyla, psychologue à Paris, est en cela l'héritière de la loi Neuwirth autorisant la pilule contraceptive, promulguée il y a quarante ans, le 28 décembre 1967. Une révolution pour le modèle familial français. "Un enfant c'est bien, deux c'est merveilleux, trois c'est non, résume-t-elle en riant. Je ne voulais pas avoir d'enfant unique car c'est génial d'avoir un frère ou une soeur. Mais trois, c'est vraiment trop compliqué : il faut retrouver un mode de garde, changer de logement, renforcer l'organisation pour les vacances. Nous travaillons tous les deux, nous passons beaucoup de temps avec nos enfants, comment faire pour être disponible pour un troisième ?"

CHIFFRES

CONTRACEPTION.

En 2005, selon l'Inpes et l'Inserm, parmi les femmes de 15 à 49 ans qui ne souhaitaient pas être enceintes, 57 % faisaient confiance à la pilule, 25 % au stérilet, 11 % aux préservatifs, 3 % aux méthodes locales et naturelles (retrait, abstinence périodique, spermicides), 1,5 % à l'implant. 2 % étaient stérilisées.

AVORTEMENT.

Autorisé en 1975 par la loi Veil, remboursé par la Sécurité sociale depuis 1982, l'avortement est pratiqué en France jusqu'à douze semaines de grossesse. Malgré la diffusion de la contraception, plus de 200 000 IVG sont enregistrées tous les ans. Selon l'enquête Cocon conduite par l'Inserm et l'INED, près de deux grossesses non prévues sur trois surviennent chez des femmes sous contraception et 23 % des avortements concernent des femmes qui prennent la pilule. Ces échecs sont souvent liés au fait que le contraceptif n'est pas adapté au mode de vie et à la sexualité de son utilisatrice.

FAMILLE

Parmi les femmes nées en 1960, 40,1 % ont eu deux enfants, 21,9 % trois enfants, 17,9 % un enfant, 9,7 % quatre enfants ou plus et 10,4 % n'ont pas eu d'enfant. Si l'on compare ces chiffres à ceux de la génération précédente - les femmes nées en 1930 -, on constate une légère diminution du nombre de femmes n'ayant pas eu d'enfant, une chute notable du nombre de femmes ayant fait des familles nombreuses, une relative stabilité du nombre de femmes ayant eu un ou trois enfants et une forte progression du nombre de femmes ayant eu deux enfants.

La fille de Gwenaëlle Matyla a aujourd'hui sept ans et demi, son fils quatre ans et demi. Pour leur mère, cet écart de trois ans est parfait. "On ne voulait pas qu'ils soient trop éloignés, pour qu'ils puissent jouer ensemble, raconte-t-elle. Mais on ne voulait pas non plus qu'ils soient trop rapprochés pour que ce ne soit pas trop lourd. Trois ans, c'est une bonne mesure : quand son petit frère est né, Aurélia n'avait plus de couches, elle allait rarement dans sa poussette et elle entrait à l'école maternelle. Elle commençait à avoir un petit peu sa vie, ce nouveau bébé n'empiétait pas trop sur son territoire."

Deux enfants, trois ans d'écart : la famille de Gwenaëlle Matyla correspond ainsi au modèle familial choisi par une part croissante de Français. Si l'on compare la "descendance finale" des femmes qui avaient trente ans dans les années 1960 à celle qui avaient le même âge dans les années 1990, on constate l'irrésistible déclin des familles nombreuses : le nombre de femmes ayant eu quatre enfants ou plus passe de 25 % à moins de 10 %. En revanche, la famille à deux enfants est désormais plébiscitée : en trente ans, la part des couples ayant opté pour ce modèle passe de 25 % à plus de 40 %.

Avec la contraception, les écarts entre les enfants se sont, eux aussi, standardisés. "L'intervalle avec la naissance précédente est de moins en moins laissé au hasard", résument Arnaud Régnier-Loilier et Henri Léridon dans Population et Sociétés, une publication de l'Institut national d'études démographiques. Aujourd'hui, la moitié des secondes naissances, au sein d'une même union, surviennent dans les trois ans qui suivent la première. En revanche, les enfants très rapprochés sont devenus rares : dans les années 1990, seulement 6 % des secondes naissances survenaient au cours de l'année qui suivait la première, contre 20 % dans les années 1960.

Quarante ans après la promulgation de la loi Neuwirth, la contraception est pleinement entrée dans les moeurs : en 2005, plus de 95 % des femmes qui n'étaient pas stériles, qui avaient une activité sexuelle et qui ne souhaitaient pas avoir d'enfants utilisaient une méthode contraceptive. "J'ai commencé à travailler en 1972, raconte le docteur Raymond Belaiche, gynécologue accoucheur à Montpellier. Dans ces années-là, beaucoup de femmes étaient enceintes par "accident" et se demandaient si elles allaient garder l'enfant. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus rare."

Car les enfants sont de plus en plus "programmés" : entre la fin des années 1960 et les années 1990, la part des naissances que les parents considèrent comme "bien planifiées" est passée de 59 à 83 %. "La diminution de la part des naissances non désirées ou mal planifiées a eu lieu très rapidement, en une dizaine d'années seulement, entre 1970 et 1980 à peu près, notent MM. Régnier-Loilier et Léridon dans leur étude. Elle a touché les femmes de tous âges, même si les plus jeunes restent les plus concernées."

Pour Arnaud Régnier-Loilier, la révolution contraceptive des années 1970 a profondément modifié le rapport aux enfants et à la famille. "Avant la loi Neuwirth, les femmes vivaient dans la crainte perpétuelle d'être enceintes, et elles devaient constamment "faire attention", souligne-t-il. Aujourd'hui, l'état normal, c'est au contraire celui où l'on n'est pas exposé à une grossesse, puisque la plupart des femmes ont une méthode contraceptive continue dès leurs premiers rapports sexuels. Avoir un enfant, cela suppose donc, dans la plupart des cas, de réfléchir, de prendre une décision et d'arrêter sa contraception."

Pour beaucoup de couples, la planification des naissances n'est pas seulement un héritage de la loi Neuwirth : elle est aussi le corollaire du travail des femmes. Depuis leur entrée dans le monde du salariat, au cours des années 1970, le nombre de couples "bi actifs" ne cesse de croître : en l'an 2000, 65 % des ménages cumulaient deux emplois. "Je suis cadre commerciale et je suis souvent en déplacement, raconte Murielle Le Sann, qui a un fils de douze ans et demi une fille de neuf ans. Avec deux enfants, c'est forcément compliqué à organiser, même si mon mari participe beaucoup aux tâches familiales et ménagères. Si nous voulons continuer à travailler tous les deux, un troisième enfant serait vraiment lourd à gérer. Et nous aurions sans doute l'insatisfaction de ne pas bien nous en occuper."







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