Publication Combattre les racines de la violence

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Combattre les racines de la violence
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A New Haven, plusieurs centaines d'officiers et de supérieurs de police
ont été formés à la psychologie du traumatisme..


Quoi de plus dramatique, pour un enfant, que de voir ses parents se déchirer ? En venir aux poings, au viol, voire au meurtre ? En France, où une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon, les violences domestiques sont beaucoup plus fréquentes qu'on aimerait le penser. Comme aux Etats-Unis.

Mais en France, contrairement à ce qui se passe outre-Atlantique, policiers et pédopsychiatres ne travaillent pas main dans la main pour tenter de réduire les risques de traumatismes que provoque chez les enfants le spectacle de cette violence. L'idée même, pour nombre d'entre eux, est sans doute impensable. C'est pourtant ce que font depuis seize ans, et avec succès, médecins et forces de l'ordre de la petite ville américaine de New Haven, dans le Connecticut. Avec, pour résultats tangibles, chez ces petits devenus grands, une baisse du taux de délinquance.

A l'origine du "Child Development Community Policing Program" (CD/CP), un constat : la violence domestique, à laquelle sont chaque année exposés plus de 15 millions d'enfants aux Etats-Unis, entraîne par la suite, chez ces derniers, un taux de troubles psychiatriques et d'actes de délinquance bien supérieur à la moyenne. "Pour réduire l'impact de ce traumatisme et interrompre le cycle de la violence, il fallait avant tout écouter la peur de ces enfants, et savoir y répondre "à chaud", dans l'urgence. Autrement dit travailler en étroite collaboration avec les policiers qui interviennent sur le terrain", explique Steve Marans, professeur de pédopsychiatrie à l'université Yale (New Haven) et initiateur du CD/CP, qui présentait récemment ses travaux, à Rennes, lors d'une journée de réflexion sur les enfants et les adolescents violents.

Policiers, médecins : entre ces deux mondes, la confiance ne fut pas facile à établir. "Au départ, les psys qui acceptaient de travailler avec les forces de l'ordre se faisaient taxer de collaborateurs par leurs confrères, tandis que dans la police, des volontaires étaient traités d'assistantes sociales !", rapporte Sylvie Tordjman, chef du service hospitalo-universitaire de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de Rennes et organisatrice de cette journée. Fondée sur des séminaires de formation à leurs métiers respectifs, puis sur une concertation permanente sur le terrain, cette initiative n'en est pas moins parvenue à faire travailler ensemble deux professions qui, jusqu'alors, s'ignoraient superbement.

Dans la petite ville de New Haven (110 000 habitants), les policiers interviennent environ 2 000 fois par an pour mettre fin à des violences domestiques, perpétrées dans 55 % des cas en présence d'enfants.

Dans le cadre du CD/CP, plusieurs centaines d'officiers et de supérieurs de police ont désormais été formés à la psychologie du traumatisme. La ville a été divisée en dix districts afin de favoriser la mise en place d'équipes de proximité, qui, toutes, travaillent en liaison directe avec le service de consultation psychiatrique du Yale Child Study Center. Fonctionnant 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, celui-ci permet de prendre en charge au plus vite, lors d'une descente de police, les enfants choqués par les coups, les viols ou les crimes qui viennent d'avoir lieu sur eux-mêmes, dans leur propre foyer ou leur voisinage immédiat.

"Auparavant, nous faisions ce qui se faisait partout ailleurs. Nous intervenions dans un climat de violence sans nous préoccuper du stress que cela causait aux enfants. Les traumatismes que cela entraînait chez eux ? C'était un problème que nous ne comprenions pas, et comme souvent dans ces cas-là, nous faisions comme s'il n'existait pas. Nous savons maintenant que même dans les pires moments, la police peut apporter un soutien à ces enfants au regard fixé dans le vide", témoignait à Rennes le capitaine Steve Varrelli, qui dirige une unité de 250 policiers au département de la police de New Haven.

"Si vous faites face à trop d'échecs, vous avez l'impression que l'échec est normal. Aujourd'hui, il m'arrive à nouveau de croire que parfois, nous gagnons", renchérissait un policier dans une vidéo projetée par les responsables du CD/CP. Forte de son succès, l'expérience a été étendue à dix-sept villes américaines. Sera-elle envisagée en France ?









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