Dès cette année, le ministère de l'éducation nationale a rendu obligatoire pour les élèves de troisième un entretien individuel d'orientation auquel les familles pourront participer. Mené par le professeur principal, il doit « envisager les poursuites d'études » de l'élève « en examinant tout le champ des possibles ».
Les conseillers d'orientation-psychologues (COP), qui peuvent être associés à ces entretiens, y voient une atteinte à leur profession qui a fait l'objet de vives critiques. Un rapport parlementaire remis en septembre 2005 au premier ministre jugeait notamment leur formation trop axée sur la psychologie et pas assez sur l'insertion professionnelle.
« Exiger des enseignants qu'ils s'approprient une démarche d'orientation après quelques heures de sensibilisation revient à leur demander de se substituer aux conseillers d'orientation-psychologues alors qu'ils n'en ont ni les compétences ni le rôle », estime le SNES, leur principal syndicat, dans un communiqué publié en janvier.
Conseiller d’orientation psychologue (COP)
Personnels de l’Education nationale, les conseillers d’orientation-psychologues, au nombre de 4 400, aident les élèves, dès la sixième, à construire un projet scolaire et professionnel.
Officiellement, les missions d’un COP, fixées par le décret 91-291 du 20 mars 1991 sont les suivantes ; " les conseillers d’orientation psychologues exercent leur activité sous l’autorité du directeur du centre d’information et d’orientation (CIO) dont ils relèvent. Ils assurent l’information des élèves et de leurs familles. Ils contribuent à l’observation continue des élèves, ainsi qu’à la mise en œuvre de leur réussite scolaire. Ils participent à l’élaboration ainsi qu’à la réalisation des projets scolaires, universitaires et professionnels des élèves et des étudiants en formation initiale, afin de satisfaire au droit des intéressés au conseil et à l’information sur les enseignements et les professions. Outre cette mission prioritaire, ils participent à l’action du centre d’information et d’orientation en faveur des jeunes qui, à l’issue de la scolarité obligatoire, n’ont pas atteint le premier niveau de qualification reconnu, et en faveur d’autres publics, notamment des adultes. "
Néanmoins, sur le terrain, la définition du rôle et plus encore l’identité du COP ne semblent pas toujours aussi clairement établies, aux yeux des intéressés. L’identité et les missions du conseiller d’orientation psychologue se révèlent plus complexes à définir qu’il n’y paraît : informateur, éducateur, psychologue ? Les frontières entre ces différentes fonctions sont loin d’être aussi étanches... ce qui explique le malaise ressenti. Les COP se partagent entre leur travail au CIO et dans les établissements scolaires (collèges et lycées) qui dépendent de leur secteur géographique. Leur véritable supérieur hiérarchique direct est l’inspecteur d’académie.
Il existe, par ailleurs, un certain nombre de centres spécialisés, tels que le CIO de l’Arbre sec à Paris, qui travaillent en relation étroite avec le tribunal pour enfants. Les COP ont également un rôle à jouer dans les universités au sein des SCUIO (services communs universitaires d’information et d’orientation), les missions locales qui accueillent préférentiellement les 16-25 ans sortis du système scolaire sans qualification professionnelle, les CIBC (centres inter-institutionnels de bilans de compétences) ou encore les délégations régionales de l’ONISEP (Office national d’information sur les enseignements et les professions) et dans les SAIO (services académiques d’information et d’orientation). Ils interviennent également sur les salons professionnels (le Salon de l’éducation par exemple) concernant les études, les métiers et leurs débouchés.
Parole de pro Les multiples aspects du métier de conseiller d’éducation psychologue.
Laurence, conseillère à Paris, définit ainsi son métier : " Mes missions en consultation au CIO ou assurant des permanences dans les établissements scolaires sont identiques. Il s’agit d’accueillir, de savoir écouter, comprendre une demande, et de pouvoir apporter une réponse adaptée à la situation et au profil du jeune, en tenant compte tout à la fois de sa personnalité, de son niveau scolaire, de ses potentialités et des possibilités existantes... Je dois donc tout à la fois informer et donner des conseils personnalisés en orientation. En dehors des nombreux outils documentaires, mis également à la disposition du public (système auto-doc de l’Onisep), je dispose d’autres outils qui nécessitent plus spécifiquement mes compétences de psychologue, notamment les tests d’intérêts professionnels et de motivation, sans oublier la pratique irremplaçable de l’entretien approfondi, à laquelle j’attache une importance particulière. Il faut savoir que j’ai la charge d’environ 1 400 élèves ! C’est pourquoi il m’est indispensable, chaque début d’année scolaire, de structurer mes activités et de prévoir un plan d’action. Dans cette perspective, je travaille le plus souvent possible en étroite collaboration avec l’équipe enseignante, afin de bâtir un véritable programme d’orientation et d’information adapté aux niveaux des élèves.. Je cherche à placer chaque élève dans une dynamique de projet et non pas à l’enfermer dans un choix plus ou moins imposé par le système scolaire. Je considère aussi que toutes les disciplines scolaires, notamment l’expression écrite, peuvent permettre à l’élève de travailler sur la connaissance de soi. "
Les COP se plaignent de ne pas toujours avoir les moyens de mener à bien leur difficile mission. Les difficultés rencontrées sont à nuancer, en fonction des établissements scolaires, et il apparaît que, de plus en plus, les jeunes enseignants se montrent sensibles aux problèmes d’orientation et à leur dimension pédagogique.
Pour mener à bien sa mission d’informateur, le conseiller d’orientation-psychologue distribue des brochures d’information sur les filières d’études conçues par académie, organise des réunions collectives d’information avec les élèves et d’autres pour leurs parents, des visites d’entreprise, des mini-stages d’observation, ou encore des forums métiers ... Plus difficile est sa mission de conseil qui oblige les différents interlocuteurs (élèves, parents) à passer du rêve à la réalité, en confrontant les résultats obtenus aux exigences de certaines filières. Difficile aussi de vérifier que les élèves et les étudiants ont réussi à s’approprier toutes les informations reçues. Seul l’entretien individuel permet de valider avec le jeune un vrai projet, de réajuster des représentations trop éloignées de la réalité...
Parfois, les blocages, les difficultés d’un élève peuvent être profonds et dépasser le cadre purement scolaire ; il est alors important que le COP puisse le repérer et sache l’aiguiller vers d’autres spécialistes (médecin, psychologues...) en dehors de la sphère scolaire, car son rôle s’arrête là et il doit en avoir conscience. En effet, il ne doit pas prendre le risque d’outrepasser son rôle et de se laisser déborder par un entretien qui pourrait bien prendre les allures d’une consultation thérapeutique à laquelle il n’est pas formé.
Un mode de recrutement sur concours
Les conseillers d’orientation-psychologues sont des fonctionnaires du ministère de l’Education nationale recrutés par concours, ouverts exclusivement aux titulaires d’une licence de psychologie. Les inscriptions s’effectuent auprès du rectorat de l’académie de votre résidence, en général à la rentrée.
A noter : pour la région Ile-de-France, adressez-vous au service inter-académique des examens et concours Maison des examens. 7, rue Ernest Renan, 94110 Arcueil.
Tél. : 01 49 12 23 00, Minitel : 3614 SIEC et 3615 INFOSIEC (consultation des résultats au concours).
Depuis 1991, une cinquantaine de postes sont offerts chaque année au concours de COP, et en 1999, leur nombre s’est même élevé à 150... pour 1 379 candidats (car leur nombre augmente aussi d’année en année !).
Le concours comporte les épreuves suivantes : Pour l’admissibilité : . une épreuve de psychologie ( durée : 4 h) comprenant 3 questions de psychologie et une question de statistiques. Chaque question est indépendante et notée sur 5 ; . une épreuve portant sur des questions relatives à l’économie, au travail et à l’emploi (durée 4h) à partir d’un texte d’actualité. Pour l’admission : . une épreuve portant sur des questions d’éducation et de formation sur les structures pédagogiques actuelles, l’orientation, la démocratisation, l’insertion sociale et professionnelle des jeunes, l’évaluation dans le système éducatif, le système éducatif et la société. Le candidat tire une question au sort et fait un exposé de 30’. Suit un entretien de 15’ avec le jury. Préparation 1h (coeff 1) ; . un entretien avec le jury à partir de l’expérience acquise par le candidat au cours de ses études ou emplois antérieurs. Il porte également sur les informations dont le candidat dispose sur divers aspects de la profession de COP. Pas de préparation. Durée 30 min. (coeff 1).
A noter : la préparation au concours peut se faire par correspondance au sein du Cned (cours national d’enseignement à distance), BP 200, 86980 Futuroscope cedex. Tél. : 05 49 49 96 96. Internet : www.cned.fr
Les candidats ayant été déclarés admis deviennent conseillers d’orientation-psychologues stagiaires et reçoivent une formation de 2 ans, rémunérée, qui les prépare au diplôme d’Etat de conseiller d’orientation-psychologue (Decop). En échange, ils souscrivent à l’engagement de rester au service de l’Etat pendant 10 ans.
La formation se déroule à l’Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle (Inetop) à Paris ou dans les UFR de psychologie d’Aix-Marseille 1 et de Lille 3. Elle comprend 1 000 h de cours et des stages. En 1ère année, 12 à 14 semaines se déroulent dans un Cio, en établissement scolaire et dans un organisme d’orientation. En 2e année, 6 à 8 semaines de stage pratique en entreprise permettent aux futurs Cop de mieux appréhender les réalités professionnelles. Pour obtenir le Decop, les candidats sont soumis à un examen final.
Il comprend trois épreuves :
- un mémoire de recherche en psychologie de l’orientation à réaliser au cours de la 1ère année d’études donnant lieu à une soutenance orale ;
- un rapport de stage écrit (plus soutenance orale) ;
- des épreuves de vérification des connaissances, écrites et orales, organisées et évaluées en contrôle continu et lors de l’examen final.
A noter : le conseiller d’orientation-psychologue reçoit donc une formation différente, à partir de la licence, des autres psychologues. Ce qui en fait un corps particulier qui entrave fortement la création d’un corps unique de psychologue de l’éducation intervenant depuis la maternelle jusqu’à l’université auprès des écoliers, des élèves et des étudiants dans le cadre de missions présentant des caractéristiques communes importantes, comme le souhaitent certains syndicats professionnels.