Publication Thérapies à l'écran

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Thérapies à l'écran
Description :
A partir de situations réelles, jouées par des comédiens et commentées par des spécialistes, " Psycho-fiction " entend familiariser le grand public à la pratique de la psychothérapie. Une série en quatre volets programmée sur France 5

REGARD flottant, gestes hésitants, débit de paroles tout aussi incertain : Stéphane, graphiste trentenaire, est l'archétype de l'individu mal dans sa peau. De ceux chez qui l'idée de la moindre confrontation à l'autre emplit de malaise. La venue à son domicile d'une de ses clientes, dont il n'est pas insensible au charme, va servir de déclencheur à un exercice télévisuel d'un type nouveau.

" Psycho-fiction ", dont le premier épisode, L'Estime de soi, est programmé mardi 20 février à 21 h 40 sur France 5 (redif. jeudi 22 à 14 h 45), " raconte des histoires - écrites par une scénariste et jouées par des comédiens - à travers des personnages de fiction confrontés à de véritables psys ", explique Fabienne Servan-Schreiber, directrice de Cinétévé, coproductrice de la série. L'objectif de cette collection en quatre volets est d'" incarner, familiariser, faire comprendre cette démarche au grand public, afin qu'il puisse s'identifier à ces personnages ". Et, le cas échéant, faire lui-même le choix de franchir le seuil du cabinet d'un spécialiste pour confier son mal-être.

Interpeller des inconnus dans la rue pour leur demander la direction du métro le plus proche : l'entreprise paraît dérisoire, elle représente pourtant un véritable défi pour Stéphane. L'exercice est porteur de vertus thérapeutiques, affirme Christophe André, le psychiatre que le jeune homme s'est décidé à consulter. Jusque dans la rue, en digne chantre de la thérapie comportementale, le praticien accompagnera son patient sur le terrain de son angoisse.

En 52 minutes, chacun des épisodes de " Psycho-fiction " (après L'Estime de soi, Couple en crise, le 20 mars, Famili-mélo, le 17 avril et L'Accompagnement en fin de vie, le 22 mai) se déroule selon la même grille : scénarisation d'une situation de la vie quotidienne où se manifeste le symptôme ; rencontre avec un psychiatre lors d'une ou plusieurs séances de dialogues thérapeutiques ; exercices pratiques de résolution du problème et recommandations d'usage ; retour enfin chez le médecin pour un bilan de l'expérience vécue.

La rencontre a lieu dans le cadre feutré d'un cabinet à la mise en scène pour le moins rassurante : décoration minimale dans un camaïeu de mauve et rose, orchidée solitaire posée sur une table basse, buste de Bouddha et quelques livres anciens savamment empilés.

Depuis le 29 octobre 1983, date du lancement sur Antenne 2 du premier numéro de son désormais légendaire " Psy Show ", l'exercice consistant à faire parler des gens de leurs problèmes intimes devant une caméra - le cas échéant, via l'expertise d'un spécialiste - n'est pas rare. " Psycho-fiction " n'est pour autant pas une émission de débats de plus sur les troubles de notre société. En recourant à une scénarisation du vécu - les acteurs sont d'ailleurs plutôt convaincants -, la série veut éviter un écueil d'importance : le témoignage réel.

Grâce à un contrôle total du récit, la série ne s'embarrasse pas de complications formelles ou discursives. Le style est direct. La démarche et le travail d'explication final, avant tout pratiques, adoptent un ton qui rappelle les productions diffusées un temps par le Centre national de documentation pédagogiques (CNDP) à l'intention des enseignants et de leurs élèves.

Cette forme de simplification à outrance est à double tranchant. En s'introduisant dans l'intimité du psy et de son patient via le filtre de la fiction - on ne sait d'ailleurs pas très bien quelle est la part de jeu qui revient aux " véritables psys " -, la caméra permet au spectateur de " mettre l'oeil dans le trou de la serrure sans éprouver de sensation de voyeurisme ", affirme Nicole Jamet, ancienne actrice devenue scénariste (on lui doit notamment le feuilleton à succès " Dolmen " sur TF1) auteure et principale scénariste de " Psycho-fiction " au côté de Jérémie Kaminka, son fils dans la vraie vie.

Cette objectivation du vécu tend, en revanche, à reteindre la part d'incertitude propre à chaque être face à l'expression de ses difficultés. Angoisses, conflits, frustrations : grâce à " Psycho-fiction ", leur résolution semble d'un coup très facile. A l'instar de toute comédie, car il s'agit aussi de cela, l'obstacle rencontré par le patient est finalement surmonté et le programme s'achève à chaque fois sur un joyeux happy end. En sera-t-il toujours ainsi pour tous celles et ceux qui, à l'invite de ces thérapeutes cathodiques, feront la même démarche ? L'histoire, cette fois-ci, ne nous le dit pas.



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