Publication LES VICTIMES DE PSYCHOTHÉRAPEUTES SE REBIFFENT

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LES VICTIMES DE PSYCHOTHÉRAPEUTES SE REBIFFENT
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« On ne peut pas refuser de faire le ménage dans une pièce
sous prétexte d'envoyer la poussière dans les autres pièces. » Guy Rouquet



PARIS, 8 décembre (Reuters Santé) - Les victimes de psychothérapeutes se rebiffent : elles ont créé une association et soutiennent le premier amendement du médecin et député Bernard Accoyer qui tend à encadrer la profession, au grand dam des associations de psychanalystes et de psychologues.

Des associations de patients ou de parents de patients considèrent aujourd'hui que certaines psychothérapies ont entraîné plus de dommages que de bénéfices. L'association Psychothérapie Vigilance lancée il y a deux ans par un professeur de lettres de la région de Tarbes est de celle-là. Et aujourd'hui elle se fait connaître alors que l'amendement voté à l'automne, en première lecture par les députés dans le projet de loi sur la santé publique tente de mettre fin aux pratiques de professionnels qui s'autoproclament psychothérapeutes ou servent de Cheval de Troie aux sectes en tous genres.

Tout le monde peut en effet visser une plaque de psychothérapeute devant sa porte sans justifier d'aucun diplôme. De l'extérieur, il est impossible de distinguer les charlatans des professionnels répondant aux exigences éthiques de leur école de formation ou du Code de déontologie de la profession de psychologue.

"Il faut éliminer les psychothérapeutes autoproclamées. Aujourd'hui, nous avons beaucoup de témoignages et il y a même des procédures en cours devant les tribunaux qui montrent la nécessité d'agir. Des parents, enfants ou conjoints voient leur proche s'effondrer en quelques jours, dans une descente aux enfers après l'engagement dans une psychothérapie", témoigne à Reuters Santé Guy Rouquet, président de Psychothérapie Vigilance.

Les cas sont nombreux, rapporte-t-il. C'est l'histoire d'un jeune homme de 22 ans qui se suicide après avoir commencé un stage de développement personnel. Influencée par un magazine, Maud souhaite suivre une psychothérapie. Les pages jaunes de l'annuaire la renseignent. Elle prend rendez-vous avec un psychothérapeute qui se révèlera être un ancien boucher. Max est brillant et affectueux. En poussant la porte d'une aumônerie, il rencontre une thérapeute qui usurpe le titre de psychologue. Membre titulaire d'un syndicat se voulant représentatif, l'intéressée se dit formée à l'américaine : "tes parents ne sont que tes géniteurs. Ta vraie famille est ailleurs". Bientôt Max n'est plus que l'ombre de lui-même. Instrumentalisé par le gourou complice, il rompt avec sa famille et renonce à son métier. Jean s'absente quarante-huit heures pour suivre un stage. Il y découvre qu'il a assassiné un homme dans une vie antérieure.

De nombreux cas semblables sont racontés sur le site internet de l'association. "Ce ne sont pas des cas minoritaires", explique Guy Rouquet. pour qui les psychothérapeutes autoproclamés ne sont pas les seuls professionnels dangereux. "Il y a aussi des gens formés par des écoles qui ne savent pas qu'ils ont des comportements déviants", déplore-t-il.

Il cite le cas d'une psychothérapeute, représentante régionale d'un syndicat. "Sa clientèle est captive, constituée en association. Une association de nature sectaire. Elle s'attache des personnes qui servent de cobayes et de vaches à lait. Les patients deviennent clients puis adeptes". Il y a aussi, a-t-il découvert, des groupuscules de psychothérapeutes disséminés sur le territoire qui se connaissent très bien entre eux, tissant ainsi une toile d'araignée.

RECUL DE BERNARD ACCOYER

Le débat sur l'amendement Accoyer a eu le mérite de poser des questions. Beaucoup de personnes découvrent que des psychothérapeutes n'ont pas de formation. Côté patients c'est le soulagement. "Les victimes qui se retrouvent dans notre association se sentent mieux. Ce qu'ils vivaient dans la solitude apparaît au grand jour de manière collective", rapporte Guy Rouquet.

Pourtant Bernard Accoyer vient de reculer. Sous la pression des organisations de psychanalystes et de psychologues, il est prêt à modifier son amendement. Le député présentera une nouvelle mouture de son texte au Sénat en janvier. Précédemment il demandait que "les psychothérapies ne puissent être mises en oeuvre que par des psychiatres, des médecins ou des psychologues cliniciens", ajoutant que ceux qui n'avaient de diplôme devaient passer devant un jury. Mais il s'est heurté à un tir de barrage. D'abord des psychanalystes de renom qui ont dénoncé "le mythe de l'évaluation". L'amendement remet en cause une discipline qui n'est pas l'apanage des seuls psychiatres et psychologues.

Il y a eu également les critiques des fédérations de psychologues qui ont mis en avant le fait que la profession prenait en charge non seulement les troubles mentaux mais aussi les "bleus de l'âme" passagers. "Ce serait une erreur que de faire passer ces moments en troubles mentaux", argumentent-elles. Même l'Académie de médecine s'y est mise, redoutant que le remède soit pire que le mal. De guerre lasse, Bernard Accoyer se propose donc de ne réglementer que les "psychothérapies lourdes".

"Pourtant on ne peut pas refuser de faire le ménage dans une pièce sous prétexte d'envoyer la poussière dans les autres pièces", commente Guy Rouquet.



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