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La tendresse, force vitale du couple. Savoir décoder le langage de l'autre |
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A chaque couple son langage affectif. Cette communication, qui passe par la parole, le regard et le toucher, les hommes et les femmes en ont-ils la même conception ? S’exprime-t-elle différemment aux différents âges de la vie ?
La tendresse n'est pas la mollesse
La tendresse, c’est, pour la plupart des couples : la douceur, l’affection, la cajolerie, la gentillesse… Une définition bien éloignée de celle que fait sienne Mathilde, 65 ans, mariée depuis quarante-trois ans à Pierre. « La tendresse, dit cette mère de cinq enfants, c’est le contraire de la mollesse. C’est une palpitation, un élan, un regard qui me tend vers l’autre. »
En entendant ces propos, on mesure combien la tendresse est étrangère à l’image douceureuse , voire mièvre, qui lui colle à la peau. La tendresse, qui désigne les manifestations concrètes de l’amour d’un être pour un autre, sollicite notre réceptivité ; elle mobilise aussi bien notre sensualité que notre volonté.
Chacun l'exprime différemment...
Homme ou femme, chacun a sa manière de manifester son amour à l’autre. Les psychologues soulignent que l’homme est plus centré sur l’action et le toucher, tandis que la femme s’exprimerait davantage par la parole et les petites attentions. Mais cette classification n’est pas intangible.
C’est le quiproquo le plus répandu : chacun exprime à l’autre – et attend de lui – des manifestations d’amour dans son propre registre affectif (les services pour l'un, les câlins pour l'autre).
Si les deux conjoints partagent le même langage, tout va bien, mais s’ils réagissent différemment, ce qui est généralement le cas, il y a risque d’incompréhension. L’un et l’autre ont l’impression de ne pas être aimés, car ils n’arrivent pas à décoder correctement les signaux que leur envoie leur conjoint. Ce qui engendre frustrations, critiques, tensions.
...parfois l'un plus que l'autre
Autre difficulté : dans de nombreux couples, certaines personnes ont du mal à manifester leur tendresse. « Celle-ci n’est pas innée, elle s’apprend dans les relations précoces de l’enfance, souligne la psychologue Nicole Jeammet (1). Cela dépend également des tempéraments. Si vous n’avez pas vécu de moments tendres avec vos parents, vous ne pouvez pas savoir ce qu’est la tendresse. Or, on ne peut donner que ce qu’on a reçu… »
Heureusement, il n’y a pas de fatalité. « Les rencontres affectives jouent un rôle très important, poursuit la psychologue. Si quelqu’un me fait vivre la sécurité et la fiabilité sur la durée et qu’il peut endurer mes peurs et mes doutes, je vais pouvoir réapprendre la confiance. »
« L’autre n’est pas là pour nous rassurer »
« La tendresse dans le couple demande la confiance, renchérit la psychiatre Catherine Bensaid (2). Elle ne peut venir que lorsqu’on a réglé ses comptes avec soi-même. Parfois, on attend que le conjoint vienne combler nos manques d’amour, de reconnaissance. On lui fait porter notre propre souffrance. Mais l’autre n’est pas un objet, il n’est pas là pour nous rassurer. Lorsqu’on réussit à franchir ce pas, on n’est plus dans l’attente, mais dans la détente, la sérénité. »
Plutôt que de compter seulement sur le facteur temps, des couples profitent des sessions organisées par des mouvements chrétiens, tels que Cana, Fondacio, Elle & Lui, Vivre & Aimer, par exemple, qui permettent de dresser un état des lieux des besoins affectifs du couple.
Lever le malentendu sur la sexualité
Dernière idée fausse à dissiper : la tendresse et la sexualité seraient deux pôles opposés de notre planète affective. « La sexualité est bien une forme d’expression de la tendresse, corrige la psychothérapeute Véronique Callet. Les caresses, les baisers, la complicité… Il y a plein de tendresse dans l’acte sexuel ! »
Mais encore faut-il accepter l’idée que la tendresse puisse aller jusque-là. Dans son cabinet de conseil conjugal, la moitié des femmes que reçoit Marie-Solange Justin se plaignent des gestes de tendresse « intéressés » de leur conjoint. « Je sens que les femmes ont peur de la tendresse de l’homme. Elles n’osent pas se lâcher, ce qui est indispensable pour vivre une vraie tendresse. »
« Le pire, estime le Dr Christophe Marx, sexologue (3), serait, sous prétexte que la sexualité est difficile, d’évacuer la tendresse et de rester à distance. La tendresse, c’est le carburant des rapports harmonieux dans le couple. Sans sexualité, on peut à la rigueur “se débrouiller”, même si c’est difficile. Sans tendresse, la vie quotidienne devient sèche et désenchantée. »
Pour éviter un tel appauvrissement, « il est très important de conserver des zones de tendresse “gratuite”, sans sexualité, poursuit-il. Mais ce vœu pieux est mis à mal lorsque l’homme se sent frustré de sexe : alors, bien évidemment, il aura tendance à rechercher ce qui est le plus urgent pour lui ! »
Un conseil ? « Mieux vaut préciser à l’avance si le câlin que l’on s’apprête à donner est ou non, a priori, sexuel, explique le Dr Marx. Cela brise un peu la spontanéité, mais a l’avantage de ne pas mettre la partenaire sous stress ! A charge, pour le couple, d’avoir une vie sexuelle régulière et stimulante pour que ce problème ne revienne pas comme le monstre du Loch Ness. »
Gilles Donada
(1) Auteur d’Amour, sexualité, tendresse, la réconciliation ? Ed. Odile Jacob, 2005.
(2) Coauteur de Qui aime quand je t’aime, Ed. Albin Michel, 2005.
(3) Auteur de Mais où est passée ma libido ? Ed. Eyrolles, 2005.
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